
Le jeudi 19 mars, nous avons eu le privilège de participer à Subir ou agir : construire notre souveraineté numérique à l’ère de l’IA, une matinée d’échanges organisée par Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), dans le cadre du Mois de la Francophonie. L’événement, tenu à l’Auditorium des Archives nationales à Montréal et également diffusé en ligne, affichait complet — signe clair de l’intérêt croissant pour les enjeux numériques, culturels et politiques liés à l’intelligence artificielle.
Souveraineté numérique : un enjeu culturel, technologique et démocratique
L’événement avait pour objectif central d’explorer comment le Québec peut affirmer son autonomie face aux transformations rapides induites par l’IA, particulièrement en matière de gestion et d’utilisation des données. La question posée aux participants était simple mais déterminante :
Souhaitons-nous subir l’évolution actuelle ou agir collectivement pour bâtir une souveraineté numérique qui reflète nos valeurs, notre langue et notre diversité culturelle ?
BAnQ a notamment présenté l’avancement de son étude de faisabilité pour une banque de données gouvernementales et culturelles en français et en langues autochtones, un chantier structurant qui pourrait devenir une pierre angulaire d’un écosystème numérique souverain.
Cette initiative rappelle le rôle essentiel des milieux documentaires, déjà souligné par les États de la Francophonie et dans la Déclaration de Québec de 2025 : rassembler, structurer et protéger des corpus représentatifs pour garantir la découvrabilité, la diversité et la résilience culturelle.
Présentations éclair et expertises croisées
La matinée a offert une variété de perspectives, notamment :
- Une mise en contexte historique et stratégique avec Hydro-Québec pour penser le futur du numérique à travers les réussites industrielles passées du Québec.
- Des présentations éclair provenant d’acteurs clés de BAnQ et du milieu technologique, autour de projets concrets et de pistes d’action pour renforcer la capacité du Québec à contrôler son destin numérique.
- Des interventions de spécialistes de la gouvernance, de la culture et de l’IA, rappelant notamment que la souveraineté numérique s’étend à l’ensemble du stack technologique : infrastructures, semi‑conducteurs, cloud, identités, données et logiciels.
Ces échanges ont mis en évidence un consensus : pour que l’IA serve réellement le bien commun, elle doit s’appuyer sur des données locales, de qualité, et sur des infrastructures contrôlées par les institutions et les communautés qu’elle représente.
Une vision commune : ouverture, collaboration et résilience
L’ensemble des interventions a insisté sur la nécessité de bâtir une souveraineté numérique inclusive, collaborative et ouverte, en partenariat avec les milieux publics, privés, universitaires et culturels.
Plusieurs experts rappellent que cette souveraineté n’est plus un idéal abstrait, mais un impératif stratégique pour protéger :
- les données personnelles et institutionnelles,
- la diversité linguistique,
- la capacité d’innovation locale,
- la continuité des services publics.
Dans un contexte où les infrastructures technologiques mondiales sont hautement concentrées, où les dépendances peuvent devenir vulnérabilités, et où l’IA accélère tous les cycles, la fenêtre d’opportunité pour agir se resserre. Le Québec, déjà reconnu pour son leadership en IA, doit désormais étendre son ambition au domaine des infrastructures et des données.
Une ouverture politique forte : intervention du ministre Mathieu Lacombe
La programmation a été enrichie d’une prise de parole spéciale du ministre de la Culture et des Communications du Québec, Mathieu Lacombe, intervenu en direct depuis Québec. Son allocution — positionnée comme moment officiel de la matinée — a souligné la nécessité d’accélérer les efforts de souveraineté numérique afin de préserver la culture, la langue et l’autonomie technologique du Québec.
Le ministre a insisté sur l’urgence d’agir de manière coordonnée, dans un contexte où les infrastructures, les données et les modèles d’IA façonnent désormais les fondations mêmes de nos sociétés et de nos politiques culturelles. Ce message fait écho à de nombreuses analyses récentes soulignant la dépendance croissante envers les grandes infrastructures technologiques étrangères et la nécessité de développer des capacités locales robustes.
En conclusion
Cette matinée a offert une réflexion essentielle et même urgente : le Québec doit choisir d’agir plutôt que de subir.
L’intervention du ministre Mathieu Lacombe, ainsi que la qualité des présentations et des échanges, ont confirmé l’importance stratégique de développer une souveraineté numérique forte, arrimée aux valeurs culturelles et linguistiques du Québec.
L’événement a fait ressortir un message clair : la souveraineté numérique n’est pas un luxe, c’est une condition pour préserver notre autonomie, notre culture et notre capacité d’innovation dans un monde transformé par l’IA. Tout un chacun a un rôle à y jouer.










